Ma crise cardiaque : la fois que je suis mort 11 minutes

Ce n’est pas un secret. Si vous avez lu mon article sur le Grand Fondo Opération Enfant Soleil, j’ai rapidement effleuré le sujet, et si vous roulez avec moi, il y a souvent un partenaire de peloton qui fait référence à cet épisode de ma vie. À 26 ans, j’ai fait un arrêt cardiaque. L’arythmie dont je souffrais sans le savoir venait m’emporter de façon temporaire. 

Comme plusieurs ont des questions à ce sujet et que je suis souvent appelé à écrire un petit mot ou à encourager quelqu’un qui passe par une épreuve similaire, j’ai décidé de vous partager ce moment de ma vie que je n’avais jamais abordé sur le blogue, jusqu’ici.

Le 10 juin 2013, je suis allé essayer le vélodrome à Bromont avec un ami de longue date qui partage la passion du cyclisme. On avait tout donné pendant notre heure sur la piste. Le soir, quelque chose cloche, je suis épuisé, vidé, encore essoufflé. Je n’arrive pas à me remettre de mon effort. Cette torpeur va durer deux jours, incluant le temps d’un voyage à Sherbrooke pour le travail. C’est au retour de ce voyage, à la maison, alors que ma blonde me montre une vidéo sur YouTube que je m’effondre. Au début, elle croit à une blague, mais voyant que je suis rendu bleu, elle comprend que quelque chose cloche. Elle est smart ma blonde! D’un sang froid, elle appelle le 911 et commence des manœuvres de réanimation, apprise sur le tas, grâce aux directives de la répartitrice et à son amour de la série Grey’s Anatomy. 11 minutes plus tard (Fait à noter #1 : je suis cliniquement mort pendant ces 11 minutes – Fait à noter #2 : 11 sera un chiffre vraiment récurrent pendant ce récit), les pompiers enfoncent la porte, découpent mon beau polo et me donnent un bon petit coup de défibrillateur. Par la suite, les ambulanciers arrivent et me font un lift jusqu’à l’Hôtel Dieu de Montréal (au pied du Mont-Royal, ce qui pourrait expliquer mon obsession pour la montagne). Lors de mon transport, ils conseillent à ma blonde d’appeler mes proches pour leur annoncer la mauvaise nouvelle et de se présenter à mon chevet. Elle est faite fort ma blonde.

Pendant les 11 journées suivantes (encore le 11…), je suis resté dans un profond coma, j’ai eu une pneumonie, on a souvent cru que c’était la fin. On m’a même rapporté que ma blonde a été préparé au pire… Chose pour laquelle elle avait une attitude de déni. Elle est futée ma blonde : je devais m’en sortir. Pendant ces 11 journées dont je n’ai eu aucune connaissance, ma blonde, ma famille, sa famille, mes amis, mes collègues, des proches ont réquisitionné et occupé la salle d’attente des soins intensifs, se relayant chaque jour, attendant LA bonne nouvelle.

Le premier réveil ne fut pas de tout repos. Intubé, agité, paniqué et voyant mes proches pleurer, j’ai essayé de me déconnecter et de retirer tous les tubes et sondes. Ce n’était pas un succès notre affaire. On m’a remis dans le coma artificiel assez rapidement.

Moi à mon deuxième réveil… Affûté comme jamais.

Le deuxième réveil fut moins mouvementé. Comme ils m’avaient au préalable désintubé, je n’avais pas tendance à essayer de faire la job moi-même. Seule personne devant moi, cette fois, un médecin qui m’évalue, qui évalue ma mémoire, mon langage. Après un interrogatoire satisfaisant (lire : pas de séquelles graves), il décide d’aller chercher mon père. Pendant ce temps, je réfléchis et je me dis : si je ne dois pas avoir de mémoire, je pourrais faire semblant de ne pas le reconnaître. J’ai donc joué le jeu et dit : « Vous êtes qui, vous? » C’est la seule fois que j’ai vu mon père pleurer. Le médecin était vraiment en christ. À ce jour, j’hésite à dire que c’est le meilleure gag de ma vie.

Dans les jours qui ont suivi, j’ai eu droit à une vague d’amour, l’accompagnement de ma blonde (soulagée que ce calvaire soit terminé et que je ne sois pas un légume), une série de chirurgies : brûler les foyers d’arythmie dans mon coeur, un beau pace-défibrillateur tout neuf, une série d’hallucinations (je voyais Marc Bergevin partout) et une quelques consignes : ne plus boire de café, plus d’efforts physiques intenses, plus d’alcool…  Chose à laquelle j’ai ingratement répondu : « si c’est pour être de même, vous n’auriez pas dû me sauver ».

Quand j’ai eu mon congé de l’hôpital, j’ai été mis en arrêt de travail pendant un mois. Je dois avouer que roulais un peu de vélo avant ce moment fatidique : aller au boulot chaque jour et faire des balades en fixie (c’était la mode dans c’temps-là), mais c’est pendant ma convalescence que j’ai eu la chance de découvrir le vélo de route, en suivant chaque étape du Tour de France 2013, l’année où David Veilleux (à qui je n’ai jamais eu la chance de parler, mais qui a eu un impact significatif dans un moment difficile) participait à la Grande Boucle. J’ai vraiment tripé! J’étais gossant avec tout le monde (probablement des séquelles du manque d’oxygène pendant 11 longues minutes), spécialement avec celle qui vit avec moi. Elle est patiente ma blonde. J’avais une nouvelle passion! Je voulais rouler, explorer et à défaut de le faire, j’en parlais.

Dans les semaines qui ont suivi, j’ai eu le feu vert pour recommencer le sport (le café et une consommation d’alcool raisonnable aussi, si vous vous le demandiez)… Je partais de loin. Quand tu es dans le coma, tu deviens affûté (5’11 » 120 livres, c’pas gros). J’étais un squelette sur un bicycle, mais j’étais heureux et en vie. Je me rappelle que ma première sortie était pour aller chez Quilicot Masson (à partir de Papineau-Bélanger : 6km aller-retour) et ça m’a pris une grosse journée pour m’en remettre.

Au fil du temps, c’est revenu : la forme, le poids, la confiance. La passion pour le vélo a grandi. Je suis toujours aussi gossant avec ça pour mes proches (je blâme encore le manque d’oxygène) et si vous vous le demandez, je suis toujours avec la même blonde. La mère de mon fils, Arthur. Celle qui m’a sauvé, supporté et à qui j’en dois une. C’est aussi maintenant la bénéficiaire de ma police d’assurance vie. Elle a passé le test! Je lui ai acheté un fixie, qu’elle a encore, (c’était cool en 2013) pour la remercier. Depuis on fête ma Pâques chaque seconde semaine de juin.

Si vous êtes derrière moi dans un pack, qu’on roule en fou et que vous avez lu ces lignes, n’ayez crainte. Je ne vais pas succomber devant vous et vous entraîner dans une chute. Les médecins (des sommités dans leur domaine) m’ont arrangé, me font souvent faire des tests, me suivent quatre fois par année en cardiologie et je ne suis pas à la veille de claquer selon tous les experts interrogés. en fait mon cardiologue traitant semble plus intéressé à parler de FTP que de mon cas, mais c’est une autre histoire.

Enfin, parfois, on me dit que je suis compétitif ou orgueilleux quand je fais du sport, moi je crois simplement que quand tu reviens d’entre les morts, tu as juste besoin de te prouver que tu es en vie en repoussant tes limites, question de te sentir encore plus en vie.

2 réflexions sur “Ma crise cardiaque : la fois que je suis mort 11 minutes

  1. Je me souviendrai toujours de ma visite à l’hôpital avec Seb alors que rien n’était certain et des nombreuses jasettes avec ton paternel dans la minuscule salle d’attente en attendant que tu nous reviennes. Depuis, je m’émerveille toujours de ce tu as accompli et les défis que tu continues de relever sur tes deux roues. À ta santé, le jeune et que meilleur soit encore et toujours sur ta route!

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